Kadiatou vend de l’huile de palme et du riz à Nzérékoré. Ses clients sont nombreux. Pourtant, à la fin du mois, elle a l’impression de ne rien gagner. Elle ne sait pas où va l’argent.
Quand elle regarde de plus près, elle comprend. Elle prend dans la caisse pour le marché de la maison. Pour les frais d’école. Pour aider une tante. Petit à petit, l’argent du stock disparaît. Et un jour, elle n’a plus de quoi racheter la marchandise.
Ce problème est très courant. La bonne nouvelle : quelques habitudes simples suffisent pour le régler.
Pourquoi faut-il séparer l’argent du ménage et celui du commerce ?
Votre commerce est comme une personne à part. Il a son propre argent : l’argent pour racheter du stock, payer le transport, payer le loyer de la place. Si vous prenez cet argent pour la maison, le commerce s’affaiblit.
Séparer les deux caisses vous permet de :
- savoir si votre commerce gagne vraiment de l’argent ;
- ne jamais manquer d’argent pour racheter le stock ;
- résister aux demandes de la famille avec une réponse claire : « cet argent est celui de la boutique » ;
- préparer un dossier solide si vous voulez un jour demander un prêt.
Comment séparer concrètement les deux caisses ?
Pas besoin de matériel compliqué. Voici ce qui marche :
- Deux contenants différents. Une boîte pour la boutique, une autre pour la maison. Ne mélangez jamais.
- Deux comptes mobile money, ou un compte d’épargne pour la boutique. L’argent du commerce reste à part et en sécurité.
- Une règle simple : tout l’argent des ventes va dans la caisse de la boutique. Rien n’en sort pour la maison, sauf votre salaire.
Comment fixer votre propre salaire ?
C’est le secret le plus important. Vous travaillez dans votre commerce. Vous méritez un salaire. Mais ce salaire doit être fixe.
Par exemple, Kadiatou décide de se verser 150 000 GNF (cent cinquante mille francs guinéens) chaque samedi. Cet argent va dans la caisse de la maison. Avec ce montant, elle gère les dépenses du foyer. Le reste de l’argent des ventes reste dans la boutique.
Pour choisir le bon montant :
- Notez vos ventes et vos dépenses de la boutique pendant un mois.
- Calculez ce qu’il reste, en moyenne, après avoir racheté le stock et payé les frais.
- Fixez votre salaire en dessous de ce reste, pour laisser le commerce grandir.
- Revoyez ce montant tous les trois mois.
Bon à savoir : si la caisse de la maison est vide avant la fin de la semaine, n’allez pas chercher dans la caisse de la boutique. Notez plutôt la dépense comme une avance sur votre prochain salaire. Ainsi, vous gardez le contrôle.
Qu’est-ce qu’un cahier de caisse et comment le tenir ?
Le cahier de caisse est un simple cahier où vous notez chaque entrée et chaque sortie d’argent de la boutique. Un cahier d’écolier suffit.
Voici un modèle :
| Date | Opération | Entrée (GNF) | Sortie (GNF) | Reste en caisse (GNF) |
|---|---|---|---|---|
| Lundi | Caisse au début | 300 000 | ||
| Lundi | Ventes de la journée | 275 000 | 575 000 | |
| Mardi | Achat de 2 sacs de riz | 200 000 | 375 000 | |
| Mardi | Ventes de la journée | 250 000 | 625 000 | |
| Samedi | Salaire de Kadiatou | 150 000 | 475 000 |
Quelques règles :
- notez chaque jour, le soir, avant de fermer ;
- comptez l’argent de la caisse et comparez avec le « reste » du cahier ;
- si vous ne savez pas bien écrire, demandez à un enfant ou à une personne de confiance de vous aider, ou utilisez des signes que vous comprenez.
Au bout d’un mois, vous verrez clairement combien entre, combien sort, et où part l’argent.
Comment suivre votre stock ?
Le stock, c’est de l’argent qui dort sur vos étagères. Il faut le surveiller comme la caisse.
- Comptez votre stock régulièrement, par exemple chaque fin de semaine : sacs de riz, bidons d’huile, pagnes.
- Notez ce que vous prenez pour la maison. Si vous prenez un litre d’huile pour cuisiner, notez-le comme une sortie. Sinon, vous croirez avoir gagné plus que la réalité.
- Évitez les marchandises qui ne se vendent pas. Un stock qui reste des mois bloque votre argent.
Comment calculer votre prix de revient ?
Le prix de revient, c’est tout ce que vous coûte un produit avant de le vendre. Beaucoup de commerçants oublient une partie des frais. Ils vendent alors trop peu cher, sans le savoir.
Prenons un exemple, avec des chiffres imaginaires. Kadiatou achète un bidon de 20 litres d’huile de palme.
- Prix d’achat du bidon : 400 000 GNF
- Transport jusqu’à la boutique : 20 000 GNF
- Bouteilles pour revendre au détail : 10 000 GNF
- Coût total : 430 000 GNF
Prix de revient d’un litre : 430 000 ÷ 20 = 21 500 GNF.
Si elle vend le litre à 25 000 GNF, elle gagne 3 500 GNF par litre. Pour tout le bidon : 3 500 × 20 = 70 000 GNF de marge.
Si elle avait oublié le transport et les bouteilles, elle aurait cru gagner 5 000 GNF par litre. Soit 100 000 GNF par bidon, au lieu de 70 000 GNF. C’est une grosse différence.
Et pour un artisan ?
Pour une couturière, le prix de revient d’une tenue comprend le fil, les boutons, la doublure, l’électricité ou le carburant du groupe électrogène, et une part de l’entretien de la machine. Pour un conducteur de moto-taxi, il comprend le carburant, l’huile, les pneus et les réparations.
Où trouver de l’aide pour mieux gérer ?
Vous n’êtes pas obligé d’apprendre tout seul. Chez CAFI, nous croyons que le conseil compte autant que l’argent. Notre accompagnement aide les entrepreneurs à tenir leurs comptes, fixer leurs prix et organiser leur stock. Les femmes commerçantes peuvent aussi consulter notre page femmes entrepreneures.
En résumé
- Votre commerce a son propre argent : ne le mélangez pas avec celui de la maison.
- Versez-vous un salaire fixe, chaque semaine ou chaque mois.
- Notez chaque entrée et chaque sortie dans un cahier de caisse.
- Comptez votre stock et notez ce que vous prenez pour la maison.
- Calculez votre prix de revient avec tous les frais, pour fixer le bon prix de vente.
Vous voulez de l’aide pour organiser les comptes de votre commerce ? Prenez contact avec un conseiller CAFI.


